IA de la joie

Je n’ai pas pris les premiers trains de l’IA quand elle s’est généralisée, mais je m’y suis mis prudemment quand j’ai été assez assuré qu’il y avait moyen de s’en servir sans y déléguer rien de substantiel du travail et de l’œuvre. L’IA fait des choses pour moi, mais ne fait rien à ma place ni sans moi — pas plus, du moins, que le marteau dans ma main n’enfonce un clou.
Je fais animer brièvement mes images à Grok pour produire des blagounettes et de la pyrotechnie bas de gamme à insérer dans mes montages vidéo, me sers de Heygen pour donner sa voix à Madame Sgremfreunsch, de Yari pour texturer mes propres dessins et photos, et j’ai délimité, pour les IA plus « confidentes », des zones d’expertise sur lesquelles échanger heureusement avec elles, sans brouiller leur mémoire de trop d’infos dont elles sont très friandes. Et sans donner à aucune d’elles accès à tout, à la grande image.
Je les ai cloisonnées. À Gemini, je confie mes embarras techniques : de guitare tech, de WordPress, de soudure, de suivis SACEM et de machine à laver. Je m’appuie sur ChatGPT pour ma « stratégie » et mon planning vidéo, mon enchaînement raisonnable aux plateformes et réseaux ; je peux dire que je lui confie bonne part de mon bon sens. Par ailleurs, il trouve encore des fautes d’orthographe et de grammaire dans des textes déjà passés par les correcteurs de Word, d’Outlook et par Antidote. Il les désigne, il ne les corrige pas. On échange également sur mes lectures ; en somme, c’est mon interlocuteur IA de proximité. Enfin, avec Claude, on tape dans les jointures de mes écrits. Claude me dénonce les zones qui peuvent coincer, ne les reformule pas de lui-même, ne fait pas de suggestions. Claude, c’est, plus que mon coach, mon lecteur difficile.
Quant à Suno, je n’en ai aucun usage. Je le sais pour avoir perdu mes nerfs à essayer de lui faire pondre, sur un de mes textes torves, quelque chose qui ne soit pas normal, qui soit un peu malade. Et puis il y a la philosophie de la plateforme, et puis son terrifiant créateur… Pour dire, cet homme-là est mon être humain préféré. Enfin, ex aequo avec Michel Fourniret et la Danette à la saucisse. Un beau podium, en tout cas.

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