Feuille 1 : Raide Dans cette feuille 1 du projet « Requiem pour ma gueule », il est vaguement question de stretching et sinon :
des « Essais » de Michel de Montaigne
du « Shutter island » de Dennis Lehane
du « Norferville » de Franck Thilliez
du « Damn dis-moi » de Rahim Redcar : • Christine and the Queens – Damn, dis-moi (…
de Gaga la petite chienne de Madame Sgremfreunch : https://www.oujopo.com/entremise/
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OuJoPo Sojac Seror Villeurbanne Requiem pour ma gueule polar musique indépendante YouTube La poursuite de la femme au chapeau à plume Odglüsse Sgremfreunsch Patate et Pépouze
Feuille 1 – Raide
« Je m’en vay, escorniflant par cy par là des livres les sentences qui me plaisent, non pour les garder, car je n’ay point de gardoires, mais pour les transporter en cettuy-cy. » disait Montaigne dans les premiers faux plats des Essais.
Alors moi non plus, je n’ay point de gardoires ; enfin si, j’ai mes boîtes à fiches, mais ce sont des nids à poussière ; nous sommes poussière. J’ai par contre toujours un manuscrit en cours et, depuis peu, à nouveau des chansons à boire en chantier, mais aucun des deux supports ne me permet d’écouler, de transporter en cettuy-cy ou cettuy-là toutes les pensées que je gratte, que j’escornifle, comme qui dirait, par cy par là. Du coup, ça va être pour votre pomme. Abonnez-vous.
Dans Shutter Island de Dennis Lehane (« Dainess Lahane »), le docteur Cawley, ce farceur, pose au marshal Teddy Daniels la devinette suivante : combien faut-il de psychiatres pour changer une ampoule ? Enfin, je crois que c’est un échange entre ces deux personnages-là, mais, à vrai dire, alors que j’ai fini le livre la semaine dernière, je n’arrive pas à en être sûr. Mais admettons : combien de psychiatres pour changer une ampoule ? Daniels donnant sa langue au chat, le médecin lui dit qu’il en faut huit. Et quand Daniels demande pourquoi huit, Cawley lui répond : « Vous vous posez trop de questions. »
Alors je ne la connaissais pas et je trouve que c’est une très bonne blague, et je l’ai déjà re-racontée à deux personnes depuis que je la connais. (Je désigne le spectateur.) Trois, quatre, cinq, six… Comptez-vous. Par contre, c’est le seul moment drôle et léger du livre. Une blagounette dans une narration bien ficelée, quoiqu’un brin emmerdante, empreinte de ce qu’on appelle… de la gravité ? De l’esprit de sérieux ? Enfin, on n’est pas là pour rigoler, et c’est vrai que le sujet ne s’y prête pas non plus forcément.
Mais bon, c’est trois cents pages d’un récit au premier degré qui t’embarque, c’est sûr, mais en t’assignant la place du mort. Et comme je l’ai enchaîné à ma lecture de Norferville de Franck Thilliez qui, de même, sur quatre cent cinquante-six pages, rigole quand il se brûle, je peux dire que j’ai passé une petite quinzaine en tristounette compagnie.
Mais ça, ce sont les aléas des piles à lire et le karma des rats de bibliothèque. Et puis un livre qui reste coûte que coûte dans les rails, les ornières de l’esprit de sérieux n’est pas forcément un livre moins bien ; je me garderai bien d’énoncer une chose pareille. Enfin, je ne connais pas de critère qui soit éliminatoire par principe. En plus, là, on a deux gros, gros succès de librairie, mérités à n’en point douter. Enfin, si j’avais des réserves à émettre, ça ne concernerait pas ça d’abord.
Par exemple… Je trouve que Thilliez, que je ne connaissais pas, a une façon d’aborder les interactions entre ses personnages qui ne me convient pas du tout. Je ne dis pas que ce n’est pas bien ; je dis que ça me perd pas mal. J’ai l’impression de personnages caractérisés au moule à plâtre : chacun a son trauma qui le définit, sauf si l’intrigue exige qu’ils ne soient pas trop à cheval sur leur définition, s’ils doivent coucher ensemble, par exemple, ou ne pas éterniser une scène de deuil atroce. Ça, ça me perd plus. Je ne suis pas en train d’en dire du mal ; le récit a plein de qualités qui expliquent l’accueil qui lui est fait de par le monde. De par la galaxie.
Mais bon.
Pareil dans Shutter Island. Il faut l’avaler, le coup du jeu de rôle en thérapie psy. Je ne suis pas un spécialiste, et j’imagine que, sur un terrain névrotique, ça peut être rigolo. Dans l’abord d’une psychose avancée, moi, je veux bien croire l’auteur, qui s’est beaucoup documenté, mais quand même, mobiliser tout un effectif carcéralo-curatif, les médecins comme le petit personnel, geler l’unité de soin pour un cas… Oui, d’accord, je suis en train de dire qu’en fait, non, j’ai bien réfléchi, je ne veux pas y croire. Et c’est dommage, parce que ça m’est vendu avec des sourcils froncés et les yeux dans les yeux… avec tellement de sérieux.
Je redis que c’est un livre que j’ai bien aimé ? Quand j’aurai fait le bilan des livres lus cette année 2026, je suis sûr qu’il sera dans le haut du ventre mou des douze sur vingt. Passe en classe supérieure. Oui, non, en fait, je me suis fait ch… je me suis ennuyé. J’ai du mal avec les gens raides.
Tiens, tout à l’heure, j’ai fait une longue pause-pipi avec Gaga, la petite chienne de Madame Sgremfreunch, ma secrétaire de direction, qui était à sa zumba ; le samedi, c’est zumba. Et Gaga, c’est une teckel à poil ras, comme sa mère. Et les teckels, déjà, c’est long en soi, mais c’est aussi long à sortir. Et pendant qu’elle, elle faisait pipi, moi, pour faire pause, je me suis assis dans le square, sur un banc qui faisait encore plus mal au dos qu’au cul (mais j’ai encore moins de tenue au dos que de couenne au cul), et j’ai écouté les musiques de Madame Sgremfreunch sur son lecteur MP3 et avec son casque intra-auriculaire que j’ai trouvés sur son bureau avec la laisse de la petite. C’est dégueu de faire ça, je sais. D’ailleurs, plus généralement, c’est un peu dégueu d’y repenser, ces trucs qu’on arrive à partager contre son gré quand on travaille au même endroit. Et puis il y a quoi de plus dérisoirement personnel chez quelqu’un que ses chansons du moment… et son cérumen ? Il y a ses fautes de goût.
Mais là, ça va. Elle est éclectique, Madame Sgremfreunch, et elle a le nez fin. Elle n’est pas raide. Bon, elle a intérêt aussi ; l’élasticité, ça va avec le poste. J’ai eu la claque surprise de trouver, entre les Wet Leg et les Sparks, le « Damn, dis-moi » de Rahim Redcar. Et parlons-en : c’est un monde complet, Rahim Redcar. L’artiste chante, danse, crée son image ; c’est de la haute couture. Je ne suis pas client, mais ça force le respect. Ce qu’il y a de dommage avec Rahim Redcar, ex-Christine and the Queens, je précise la série d’intitulés pour le situer — maintenant, c’est Rahim Redcar, ça lui va très bien, à moi aussi —, ce qu’il y a de dommage, outre que la musique de lui qui me fait le plus un genre de « son petit effet » … finalement est un usage assez habile de boucles libres de droits livrées de base avec l’un des séquenceurs les plus distribués du marché…
Non, ça, ce n’est pas dommage… et « habile », ce n’est pas assez ; c’est une appropriation très fine du matériau, de la boucle. Vraiment, cette chanson, c’est une bombe, et peu importe son process : c’est une bombe…
Mais ce qui est dommage, donc, surtout, c’est que la fan-base de Rahim Redcar est pile dans le ton d’une invraisemblable prétention d’atmosphère. L’époque est à ça — c’était mieux avant. Je ne parle pas de l’artiste, que je connais peu, pour la prétention. Je parle de la garde rapprochée de sa fan-base. Tout le monde se la pète dans la secte, s’intouchabilise, se survend, se revendique outré d’avance et à jamais : un banc de bécassines en vivarium. Et c’est dommage, parce que Rahim Redcar a des pleins quartiers de poésie, la discipline et le corps pour des clips épileptiques, et un talent monstre qui se dispense de la pose pompière des gens qui l’aiment. Il faut voir les commentaires sous ses scopitones. Alors que c’est juste de la joie, de la gambade. Pourquoi se raidir sur ce qu’on aime ?
Alors que ça danse, ça chante, ça rigole, ça pétule. Ça joie ! Et puis pardon, c’est sérieux, ça ? C’est prétentieux, c’est raide, ça ?
Alors que ça danse, ça chante, ça rigole, ça pétule. Ça joie ! Et puis pardon, c’est sérieux ça ? C’est prétentieux, c’est raide ça ?
« Je me fais la nique Les mains dans le blouson. Tout mon corps me pique C’est la salaison. Quand ils loadent leurs bras, Elles rient de bonté. Tic tic et tac, ça semble écrit sur le papier.
Ma tristesse infectera ma mâchoire, Plus je convoite et moins je suis belle à voir. C’est comme un merle, la fille que tu crois retenir, Tape, tape, t’appuies au hasard pour la faire jouir
Que faire De l’énergie que j’perds ?
Je suis allée noyer ma fame puisque c’est elle qui t’a plu. Un billet pour Stella qui sucera mes amours déçus. Dans le noyau des villes, ils m’interpellent depuis leur quechu’ : « T’es, t’es, t’es qui ? De la monnaie, pas des vendus ».
Revenue au matin pleine de sueur, Mon corps menti entre les bras du passeur. Accroupie, laisser toute la meute rager : T’es, t’es, t’es qui pour me traiter, pour me traiter, toi ? »
C’est tellement élastique !
C’est tout pour moi.
