
Cheptel
J’ai la chance de n’avoir jamais trop cru en mes capacités à apprendre et donc à devenir un jour un musicien assez bon pour mériter un instrument qui m’aurait couté un mois de salaire – alors que j’ai déjà mis un mois de salaire et plus dans l’enterrement de vie de garçon d’un gars croisé par hasard avec ses potes ce soir-là, cette nuit-là… Pfffou… J’ai toujours acheté des instruments à pas cher, d’occaz, et j’ai fait avec : j’ai bricolé. Je n’ai qu’un seul instrument neuf, déballé de son carton, mais même celui-là ne déroge pas à la règle. Un instrument, ça s’entretient. Ça va chez le luthier comme nous autres on va chez le dentiste.
Comme beaucoup de gens qui se sont beaucoup cherchés, j’ai un peu accumulé les instruments et n’ai pas les moyens d’envoyer tout mon cheptel chez le luthier, et donc j’ai dû m’improviser guitare tech : apprendre à régler un manche, un diapason, une action, à souder des potards et même des culs de potards. Et j’ai un établi dans la maison avec un planning d’occupation qui le laisse assez peu vacant. J’ai presque toujours une pelle allongée dessus. Et je n’aime pas trop ça. Surtout la soudure au cul de potard. Je n’aime pas bricoler. Et je me dis ces temps qu’en fait si je revendais tous mes instruments je pourrais acheter l’instrument de mes rêves. Ça ferait du vide et je pourrais me payer le luthier. Mais je n’ai pas d’instrument de mes rêves, et j’adore mes tromblons.






