
Deux couleurs, rouge
La loi des rendements décroissants, ou du plafond de qualité, s’applique on ne peut mieux au petit marché des instruments de musique, puisque le haut de l’offre n’a cessé de grimper et qu’on trouve désormais en entrée de gammes des instruments tout à fait jouables. Pour le dire vite une Fender Stratocaster custom-shop n’est pas 10 fois meilleure qu’une « copie » japonaise ou qu’une déclinaison mexicaine en sous-marque qui pourtant coute dix fois moins cher. C’est surtout vrai du marché des ladies, des guitares de légende, des marques fondatrices dont tout le savoir-faire aujourd’hui est investi dans la production à l’identique d’instruments des années 40/50 et dans le markéting du mojo et de l’authenticité. C’est moins le cas, au Japon et à l’Est des firmes moins monomaniaques et bluffeuses, et qui peuvent justifier le prix de leurs modèles haut de gamme par l’innovation. Il est encore assez normal de ne pas espérer à 300 balles une guitare à 8 cordes, chevalet flottant, électronique active fiable. Sauf peut-être en étant patient sur le marché de l’occasion.
Et justement pour un rustre comme moi qui n’ai que les attentes à la portée des rustres, qui ne n’imagine pas que le fantôme d’Hendrix se soit dispatché dans toutes les Stratocasters produite depuis son décès, le marché de l’occasion, depuis la création du bon coin, est une succession d’aubaines, la possibilité d’acquérir pour 100 balles des entrées de gammes de naguère, deux ou trois fois déclassées, et certes de les bricoler beaucoup, mais au final, aussi et d’abord d’apprendre à les jouer. C’est comme ça que j’ai acheté 100 balles ma première basse, la Cruiser by Crafter CSR-12, et que j’ai cru acheter 100 balles quelques années plus tard sa jumelle à 5 cordes, la Cruiser by Crafter CSR-55A. Et en fait, si elles ont le même nom, sensiblement la même silhouette, elles sont un peu le jour et la nuit, si on doit distinguer le jour de la nuit dans le monde des basses à 100 balles. La rouge griotte est une 4 cordes à diapason court et équipée de deux micros simples passifs, quand la rouge burlat est une 5 cordes à diapason long et électronique active.
J’en déduis que le marché de l’occasion et la loi des rendements décroissants me donnent accès à des séries d’instruments disposant de noms tout à fait zaz, mais totalement dépourvues de caractère. Et ça, n’a pas de prix.






