Chut, on tourne en rond

Lu très vite et sans y laisser trop de nerfs, La Chute de Camus est un livre un rien filandreux, qui se mâche beaucoup et s'avale peu. Une rencontre fortuite dans un rade d'Amsterdam permet au personnage A (A comme actif) de déverser sa biographie raisonnée dans la passivité du personnage P. De la ruminer, plutôt, autour de petits événements, microtraumatismes, actes manqués, qui l'articulent dans le sens d'une pesanteur trop maligne. A se tourne complaisamment le sang et se donne bien toutes les raisons de se tenir en mésestime moyenne, tout en n'oubliant pas de tomber de haut. Et encore moins de rester en surplomb.

Camus bat la coulpe qu'il s'est mise sous la main, jette une gourme pour de faux, écrit un peu à blanc, mais dans sa belle langue tenue et grave. C'est une capsule temporelle qui s'ouvre et se ferme sur elle-même, et dont le comburant est le ressentiment, comme il l'est dans Lettre au père de Kafka ou Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. J'ai bien aimé, mais je suis un ruminant.

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