Lie to me

La mouche m'a piqué de relire Les Mots, et cela tient beaucoup, je suppose, à l'envie en douce de confronter Sartre à mes retrouvailles récentes et un peu déçues de Camus. Sartre est quelqu'un que j'ai appris à mésestimer avec les années, à l'instar de Voltaire et autres divas sans colonne, mais je gardais un souvenir assez précis et impressionné de ma première lecture, de son contexte aussi, et je dois dire que l'impression reste intacte. Le monsieur est habile, retors, fiable comme par inadvertance, bonimenteur sans fard, mais quel brio, quelle ironie, quelle bonimenteur ! Ici, pas de délicatesse, pas de lyrisme, et pas d'analogies dentelières, sinon des morsures à l'ourlet. La forme synthétise.

Pour le fond, on n'est pas obligé de prendre ce qui nous est donné, mais cela vaut, en ramassé, les 3 000 pages de À la recherche du temps perdu ; c'est plus vite dit, moins creusé, probablement pas moins ni plus sincère, reçu avec la bouche tordue surtout quand on doit croire sur parole que la fantasmagorie la plus intime du monsieur est l'optimisme. Il aura été plus sincère quand il disait à Beauvoir que son grand malheur était de ne pas savoir dire non, mais que cela était amplement compensé par le fait qu'il n'avait aucune parole. J'ai bien aimé aussi, pas jusqu'au bout,  mais je suis dans la «recherche» jusqu'au cou.

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