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L'OuJoPo

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L'Ouvroir de Joie Potentielle

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    Chut, on tourne en rond

    ParSojac 9 juin 2026 18:0029 juillet 2026 21:12 Post-it
    Lu très vite et sans y laisser trop de nerfs, La Chute de Camus est un livre un rien filandreux, qui se mâche beaucoup et s'avale peu. Une rencontre fortuite dans un rade d'Amsterdam permet au personnage A (A comme actif) de déverser sa biographie raisonnée dans la passivité du personnage P. De la ruminer, plutôt, autour de petits événements, microtraumatismes, actes manqués, qui l'articulent dans le sens d'une pesanteur trop maligne. A se tourne complaisamment le sang et se donne bien toutes les raisons de se tenir en mésestime moyenne, tout en n'oubliant pas de tomber de haut. Et encore moins de rester en surplomb.

Camus bat la coulpe qu'il s'est mise sous la main, jette une gourme pour de faux, écrit un peu à blanc, mais dans sa belle langue tenue et grave. C'est une capsule temporelle qui s'ouvre et se ferme sur elle-même, et dont le comburant est le ressentiment, comme il l'est dans Lettre au père de Kafka ou Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. J'ai bien aimé, mais je suis un ruminant.
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    Anomalie à deux têtes

    ParSeror 4 juin 2026 18:0029 juillet 2026 21:08 Post-it
    Dans À rebours, Huysmans commet, entre autres sortilèges, une demi-apologie des Goncourt, de La Faustin notamment. Il me semble que la postérité, et notre époque en particulier, n’ont retenu d’eux, de très loin et avec un pince-nez, que l’ignoble Journal des frères, et surtout leur triste réputation. Et pourtant, effectivement, dans La Faustin, j’ai trouvé du grand style sans débordement, et ce qu’il faut de mondanités, mais du point de vue d’une conciergerie. C’est féroce.
J’ai enchaîné avec La Fille Elisa et là, j’ai été soufflé de bout en bout. C’est un grand texte. Je sais qu’il doit se trouver des raisons objectives à cela, mais je reste à avoir du mal à comprendre la presque absence de postérité de cette œuvre-là. Par exemple, de la misogynie crasse, voire délictueuse, dont les frères sont réputés, je ne vois pas dans ce petit roman la moindre trace. Alors que le sujet aurait pu être propice à tous les débordements. Je trouve même que c’est le contraire. La Fille Elisa est une femme malaxée, tabassée par l’existence et racontée sans commisération, sans miséricorde et sans les leçons de choses d’un naturalisme dérangeant. Et surtout sans complaisance. Elle est accompagnée jusqu’au fond de son trou. Avec la justesse du tendre.
Lu ensuite, leur Germinie Lacerteux et c’est acquis : les Goncourt, cette anomalie à deux têtes, n’ont pas fini de faire leur place dans les enfers déjà luxuriants et débordants de ma toute petite bibliothèque.
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    Still life

    ParSeror 2 juin 2026 18:0029 juillet 2026 11:54 Post-it
    Née en 1968 à Lyon, Raphaëlle Gonin est dessinatrice — ou peintre — à l’encre de Chine. Si l’on devait l’affilier à un courant d’art récent, ce serait probablement celui de l’hyperréalisme, quand, tout compte fait, elle s’en tient plutôt à perpétuer et à tâcher de parfaire une facture simplement classique. Elle dessine et peint le motif pour ce qu’il est, et ne prétend pas vouloir qu’il soit autre. « Prends le miroir pour maître », disait l’autre. Il y a moyen de remplir toute une vie avec ça.
Elle l’a dit elle-même : le noir n’est pas une humeur, il est l’élément. Elle peint avec le noir — et le moins noir — de l’encre de Chine et de l’eau, bien sûr, et, fiat lux, dessine probablement d’abord avec le blanc du papier. Et quand, sporadiquement, la couleur arrive, elle recule l’image dans le premier abord et dans le temps, puisqu’elle semble tenir de la colorisation, du chromo. Elle ajoute une distance, un degré, au réalisme de la représentation. Elle tempère, comme de nostalgie, la rigueur de la stricte restitution.
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    Plateau

    ParSojac 28 mai 2026 18:5929 juillet 2026 11:37 Making-of
    Mon plateau est mon salon, et le cadre dans lequel je me filme est un des pans de ma bibliothèque. Ce décor-là variera peu, sinon quelques objets sur les étagères et la guitare ou la basse posée sur un trépied à côté de moi. Dans mon dos, donc, essentiellement des livres : les miens bien en vue, ma petite collection de poésie Gallimard, mais aussi un clap de cinéma, un petit miroir convexe reflétant et distordant l’installation de filmage, une petite œuvre originale de Raphaëlle Gonin, un masque blanc avec une perruque. Des objets seront ajoutés ou retirés dans ce décor pour servir aux besoins de chaque vidéo.
Je m’y tiens debout, ou assis sur un tabouret haut si j’ai une guitare sur les genoux, un pied de micro devant moi avec un antipop, et trois caméras me saisissent :
Caméra 1 — Canon EOS 550D + objectif 18-55 : en face de moi, me cadre de mi-cuisse à 40 cm au-dessus de ma tête, et cadre également, sur ma droite, un carré de métal de 40 x 40 cm où j’incruste des images illustratives de mon propos. Une tablette me sert de prompteur et est montée juste en dessous de l’objectif de l’appareil de prise de vue.
Caméra 2 — Nikon Coolpix P700 (bridge) : légèrement décalée de 10 à 15° par rapport à la première, plan plus large me saisissant sur pied et saisissant aussi une partie du trépied de la caméra 1, une partie des éclairages et le pédalboard de guitare à mes pieds — mes chats aussi, s’ils passent dans le champ. Pour m’adresser à cette caméra-là, je n’ai qu’à dévier un peu mon regard.
Caméra 3 — Canon EOS 1200D + objectif 35-80 : placée proche et nettement à ma gauche, elle saisit le haut de mon buste et mon visage en gros plan, m’oblige à me tourner et me pencher un peu pour m’adresser à elle, et a fonction d’enregistrer des espèces d’apartés, de percées furtives dans le quatrième mur.
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    IA de la joie

    ParSojac 26 mai 2026 18:3629 juillet 2026 11:31 Making-of
    Je n’ai pas pris les premiers trains de l’IA quand elle s’est généralisée, mais je m’y suis mis prudemment quand j’ai été assez assuré qu’il y avait moyen de s’en servir sans y déléguer rien de substantiel du travail et de l’œuvre. L’IA fait des choses pour moi, mais ne fait rien à ma place ni sans moi — pas plus, du moins, que le marteau dans ma main n’enfonce un clou.
Je fais animer brièvement mes images à Grok pour produire des blagounettes et de la pyrotechnie bas de gamme à insérer dans mes montages vidéo, me sers de Heygen pour donner sa voix à Madame Sgremfreunsch, de Yari pour texturer mes propres dessins et photos, et j’ai délimité, pour les IA plus « confidentes », des zones d’expertise sur lesquelles échanger heureusement avec elles, sans brouiller leur mémoire de trop d’infos dont elles sont très friandes. Et sans donner à aucune d’elles accès à tout, à la grande image.
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  • Making-of

    Comment j’ai rencontré ta mère

    ParSojac 29 avril 2026 09:0929 juillet 2026 11:28 Making-of

    J’ai très tôt conçu l’idée d’avoir un interlocuteur fictif et hors champ dans mon dispositif vidéaste. Une voix à identifier à l’IA, à un majordome — à un clown blanc dont je serais l’auguste. J’ai bien sûr tout de suite pensé à une femme et, pour lâcher la bride à ma crétinerie foncière, à une secrétaire de rédaction. Après tout, je suis là pour incarner Sojac, chanteur has been qui, du temps de sa gloire, dansait en play-back dans un banc de Sojaquettes en bikini à franges, autant que Seror, de la Seror Corporation, le grand magna du roman de gare… moyennant quoi une secrétaire de direction, c’est le moins que je puisse leur concéder à ces deux couillons.
J’ai imaginé d’abord assumer frontalement le côté IA, quand même c’est moi qui écris tout, en donnant à mon interlocutrice une essence cyber, robotique rouillée, prothèse humanoïde autonome avec des ratés dans la carnation, et j’ai retrouvé un vieux dessin d’une petite chauve à taches de rousseur et à bras moitié mécano, moitié cuir de sellerie. Mais je n’ai pas su l’améliorer avec mes faibles compétences en dessin, et moins encore l’animer. Alors je l’ai rebricolée dans Blender, en gardant le crâne chauve et cabossé — et me suis inspiré aussi de deux dames au poil ras qui fréquentent ma salle de sport — et j’ai abouti à une secrétaire de rédaction très « arty », très « so French », à qui j’ai confié, en gardiennage, mes rabs de sarcasme et de vrais impératifs de tenue.
Elle existe, elle a un bureau d’un luxe à la mesure de son recul, la voix Heygen dont je me suis servi pour mon personnage de Gaby Kotska, et un nom imprononçable pour lui ajouter une manière de charme. Elle s’appelle Madame Sgremfreunsch, Odglüsse de son prénom — prononcer OD GLÜ CEU, à l’allemande. Et Odglüsse Sgremfreunsch a un log sur mon site, une chaîne Vimeo, un compte SoundCloud. Bientôt TikTok ?
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