

In girum imus nocte et consumimur igni
Mon projet « Requiem » semble sur ses rails et boitille sans trop de heurts à son allure de pétrolette. Ça cafouille et ça tousse bien un peu, mais ça commence à faire des années que je ne sais pas faire ce que je fais au quotidien. Je m’attelle tous les jours, passionnément à des tâches qui me laissent d’abord à mon incompétence. C’est comme ça, j’ai toujours eu des incapacités de moyens et de ressources, mais je m’en suis toujours dépatouillé. Toujours à la ouaneugaine, et c’est devenu une marque de fabrique – il n’y a qu’à voir mes romans, mes chansons… ou pire mes aquarelles : Je me suis amusé à demander à une AI spécialisée dans le traitement de l’image, d’appliquer un rendu photoréaliste à quelques-unes d’entre elles parmi les « mieux réussies ». Et je peux dire que personnellement je serais heureux, peut-être pas de vivre, mais de passer un moment, dans un monde tel que je l’ai aquarellé avec acharnement pendant quelques décennies – mais moyennant un casque et une combinaison rembourrée bien sûr.






J’ai en chantier, sur le temps long, un roman qui ne sera pas de gare, et pour le quotidien, mes gammes, mes lectures, mes chansons à boire et cette exigence tranquille d’une petite vidéo par semaine. Bref, j’ai arrêté de ne pas écrire, de prendre seulement des notes. Chaque fois que j’ai pris des notes, je n’ai pas écrit. Et chaque fois que j’ai écrit, j’ai délaissé mes notes. Cependant j’ai relu celles de la période où j’ai commis 18 manuscrits et du contenu vlog au quotidien :
Je travaille trop pour travailler bien. Le seul intérêt de ce rythme c’est qu’il centrifuge les pensées et n’en valide que la lourdeur efficace, un genre de kit de survie, le « bon stress », des ordres aboyés dedans ; l’aboi lui-même, et les rares moments d’attente me laissent désemparé. Je scripte, je câble, je filme, je bégaye, je monte, donc je suis (être c’est être perclus, Wittgenstein est une feignasse, oui). Le peu de recul que j’ai in situ le loisir de prendre ne me permet que de me résoudre à la mesure exacte de ma perte : je me donne tout à ce que je fais, et me contente vachement qu’on ne me le demande pas. Je suis fiable pour moi, éminemment remplaçable pour les autres, j’ai fait ce que j’ai pu pour en arriver là. Quel pied….
La visibilité est un piège. Plus jamais donc.






